Un totem à Bleid
Rien n’indique, à un quelconque moment, une présence indienne dans le village de Bleid.
Tout au plus, l’une ou l’autre familles canadiennes, y auront amené une touche d’exotisme.
Pourtant, dernièrement, un totem a soudainement poussé au cœur de l’espace public, en cours d’aménagement.
Premiers grincements de dents… On aura tout vu, un totem à Bleid… C’est tout ce qu’on trouve à faire avec l’argent qu’on nous taxe… Ou encore le traditionnel et presque tant attendu : c’est moche !
Petit rappel : dans la tradition des totems, le monument sert de support et de rappel à la mémoire et peut être considéré comme un symbole de survie et de résistance à l’empiètement culturel et territorial.
Bon d’accord, mais que vient faire cette tradition dans notre bonne Gaume et qui plus est au plus intime d’un lieu préservé de toute invasion ?
Tout d’abord, il faut considérer l’engouement des européens pour les totems dès le début du 20e s., qui se les approprient allègrement.
D’autre part, ces monuments ne nous sont pas tout à fait étrangers, puisque la région a été marquée par le passage des Canadiens à la base de Marville entre 1950 et 1967. Ces Canadiens qui ont offert un totem aux villes de Virton et Longuyon à leur départ. Totems faisant encore aujourd’hui la fierté de leur ville d’accueil respective.
Il faut dire aussi que ces deux totems ayant souffert au cours des années, ont dû être remplacés. Et il se fait que la réalisation du totem actuel de Virton a été confiée à l’époque, non pas à Mungo Martin (qui s’en serait offusqué : « je ne mettrai plus jamais un pied à Virton ! ») mais bien à Claude Goffinet.
Un totem en cachant un autre, ce n’est pas un mais trois mâts que l’agrisculpteur sculptera.
Le premier, celui connu de tout le monde trônant en face du syndicat d’initiative de Virton, fidèle à celui d’origine. Puis le deuxième, hommage familial visible devant la ferme Goffinet à Saint-Remy. Enfin le troisième qui nous intéresse ici, une libre interprétation étroitement apparentée à l’univers de son concepteur et plus largement, au patrimoine et aux traditions locales. Tiens, tiens, ça rappelle les fonctions premières d’un totem, à la sauce gaumaise.
Ensuite donc, les représentations sculptées nous touchent directement, par la ruralité qu’elles évoquent et plus précisément les animaux de la ferme. Pas d’ours, d’aigle ou d’oiseau-tonnerre mais ici une oie, une chèvre, une vache, un cheval, un mouton, un cochon et un fermier.
Plutôt que la copie d’un élément-symbole venu du bout du monde, Claude Goffinet l’a pris en prétexte d’une ode à une région, la sienne, la nôtre, son terroir et les gens qui la peuplent.
N’est-il pas tout simplement beau de valoriser ce patrimoine culturel qui lie une communauté et dont les témoignages apparaissent encore, et pour longtemps espérons-le, au plus intime de nos villages ?
Enfin, nous menons actuellement et depuis quelques années, un projet de développement de l’art public. Cette intention d’élargir le concept aux villages de l’entité virtonnaise est bien présent dans la genèse des démarches. L’opportunité offerte, nous l’avons saisie. Avant d’autres manœuvres, tenez-vous le pour dit !