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Patois gaumais

Le patois gaumais fait partie de notre patrimoine culturel immatériel. Ce dialecte lorrain, autrefois largement usité sur le territoire communal comme partout en Gaume, tend aujourd’hui à disparaître.

Pour permettre la sauvegarde de cette langue endogène reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Ville de Virton a signé une Convention de Labellisation « Ma commune dit oyi aux langues régionales ». Cette convention a pour but de promouvoir l’usage du patois gaumais, dans différents secteurs de la vie culturelle, économique et sociale.

Par cette charte, la Ville de Virton reconnaît officiellement que les langues endogènes participent à la richesse et à la diversité du patrimoine culturel de la région wallonne. Elle reconnaît également le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique.

               

Èl chaudé d’blosses

 

Mes bons amis djè r’vins d’ la noce

Dè la Fifine don nonon Djean.

On m’è bailli in chaudé d’blosses

Pou rapporter à mes afants.

Si v’ l’avinz vû v’ dèrins : qué pâte!,

Qué belles djaunes blosses èt qué bî djus!

Pou sûr on n’è m’ prins les ramâtes

On è bin mins cinq à six us!

 

Avant d’parti la tante Djeannette

Em’ dit coume ça «Ècoûte, Constant,

Dj’ â mins l’chaudé su n’viée volette

Atortilli d’in linçû blanc.»

In bî chaudé dès belles grosses blosses

Bin cûtes aveu zoûs gros nuaux

Elles v’nant don vî cousin Bobosse

Cueillites, das s’méche don tchu haut. 

 

Pa la noire nû nous vèlà r’voûyes

Tchèquin aveu s’pètît paquet

La tante Mélie s’plîdout d’ses doûyes

Èl nonon Jules puout l’péquet.

La Rosalie chignout sa bosse

T’ à t’nant la moiti d’in roûyot

Mi, djè sârous èm’ chaudé d’blosses

Tout à triplant coume in gayot

 

A-n arrivant à la Carabuse

Djè nous tapant das deux gab’lous.

Èl pus jeune dit «J’crois qu’on s’amuse!»

—Pardi, què dj’dis, on est fin souls.

—Ici faudra sans manigance

Dèfirnawer tous vos paquets

Avant d’quitter la terre de France

On va vous rabatte èl caquet. 

 

 

Èl mâte gab’lou appelle sa feume

Coumme si dj’atins contrebandièrs

Elle goûte èt dit «Ce sont des peummes

Avec des pierres dans la moitié»,

—           Pardon, excuse espèce de rosse

C’ que vous mangez comme une goulafe

De mon chaudé ce sont les blosses

Vous métriez une berlafe!               

 

Devant une telle rouspétance

L’gab’lou m’ è prins em’ bî chaudé

Et dj’ l’oûye qui dit «Voilà Constance

Wardez-le pou note marader»

Èt c’est inlà qu’ rèv’nant d’ la noce

Dè la fifine don nonon Djean

On m’ è volé èm’ chaudé, d’blosses

Què dj’ rapportous pou mes afants.   

 

 

Mes bons amis, je reviens de la noce

De la Fifine de l’oncle Jean

On m’a donné une tarte aux prunes

Pour rapporter à mes enfants.

Si vous l’aviez vu, vous diriez « Quelle pâte,

Quelles belles prunes jaunes et quel beau jus !

C’est sûr qu’on n’a pas lésiné,

On a bien mis 5 ou 6 œufs !

 

Avant de partir, la Tante Jeannette

M’a dit ainsi « Écoute, Constant,

J’ai mis la tarte sur une vieille claie

Emballée dans un linge blanc. »

Une belle tarte, de belles grosses prunes

Bien cuites avec leurs gros noyaux

Elles viennent du vieux cousin Bobosse,

Cueillies dans son jardin du haut du village.

 

Par la nuit noire nous voilà repartis

Chacun avec son petit paquet

La tante Mélie se plaignait de ses orteils,

L’oncle Jules puait le péket

La Rosalie riait sous cape

En tenant la moitié d’un gros gâteau

Moi, je serrais ma tarte aux prunes

Tout en piétinant comme un chevreau

 

En arrivant à la Cambuse

Nous nous tapons dans deux douaniers

Le plus jeune dit : Je crois qu’on s’amuse ! »

« Pardi, dis-je, on est fins soûls »

« Ici il faudra sans manigance

Déballer tous vos paquets

Avant d’quitter la terre de France

On va vous rabattre le caquet. »

 

Le chef douanier appelle sa femme,

Comme si nous étions des contrebandiers

Elle goûte et dit « Ce sont des pommes

Avec des pierres au milieu. »

« Pardon, mes excuses, espèce de rosse,

Ce que vous mangez comme une goinfre,

De ma tarte, ce sont les prunes

Vous mériteriez une bonne gifle.

 

Devant une telle rouspétance,

Le douanier m’a pris ma belle tarte

Et je l’entends dire « Voilà, Constance,

Gardez-le pour notre goûter

Et c’est ainsi que, au retour de la noce

De la Fifine de l’oncle Jean

On m’a volé ma tarte aux prunes

Que je rapportais pour mes enfants.

Texte de Ernest Schoeren
Pour voir et entendre : https://www.youtube.com/watch?v=HIVGKkH5g64

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